Remarque, à propos de la liberté d'expression, au quotidien, dans nos relations interpersonnelles. Ça me paraît important parce que c'est d'abord là qu'elle s'exerce...ou pas, ou pas trop, ou plus ou moins...parce que la capacité même à s'exprimer n'est pas exempte de la possibilité de porter un coup à autrui. Le langage, à mon sens, porte en lui-même la capacité de blesser, c'est-à-dire qu'il porte en lui-même la capacité d'unir, de diviser, de réunir et de rediviser, de blesser comme de réparer, de soutenir comme de nuire. La parole, toute parole, dans une certaine mesure, est une prise de risque pour soi, pour l'autre, de soi vers l'autre ou de l'autre vers soi. Parce que le langage traverse et forge nos subjectivités, nos singularités...que la parole se fasse dessin n'ôte rien à cet « aigu » de la nature même du langage, qui lui est aussi constitutif et nécessaire. Alors, dès lors que nous parlons de limites de l'expression, de quelles limites parlons-nous ? Quand nous nous sentons offensés, blessés par une parole, de quelle blessure s'agit-il ? Cette blessure est-elle due à nos propres limites ou à la liberté qu'exerce autrui ? Qu'est-ce que nous nous autorisons à entendre ? Oui, parler est un risque, comme entendre, écouter. Celui d'être déstabilisé, blessé, mais aussi d'aimer et de rester vivant.

 

 

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